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Michèle Longino
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Department Chair and Professor of French
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919-660-3102
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Appointments through Stephanie Kien (sdk3@duke.edu)
Email Address:
 
michele.longino@duke.edu
Michèle Longino received her PhD from the University of Michigan in 1984, and taught at Rice University before coming to Duke in 1989. Her interests in the epistolary genre and in women’s writing led to the publication of "Performing Motherhood: The Sévigné Correspondence" (1991). She also published articles on the writings of other seventeenth-century authors, including Mme d'Aulnoy, Marie de Gournay, Poullain de la Barre, Mme de Lafayette, Corneille, Boileau, Molière, and Racine. She has also published a book on the staging of exoticism in seventeenth-century France: "Orientalism and French Classical Drama" (2002). Her current research interests include travel accounts, questions of genre, feminist theory, and seventeenth-century French literature in a cultural studies context; and her current book project is entitled, "Travel, or the Benefits of Discontent: Marseilles to Constantinople (1650-1700)."

Education:

  • PhD in French Literature University of Michigan, 1984
  • MA Claremont Graduate School, 1972
  • BA Rosary College, 1968

Research Interests:

I am organizing my new book around six French travel journals produced between 1650 and 1700. The travelers I treat are: Guillaume-Joseph Grelot, the artist; Jean Chardin, the protestant jewel merchant; Antoine Galland, the antiquarian; Laurent D’Arvieux, the linguist and diplomat; Jean Thévenot, the orientalist; and Jean-Baptiste Tavernier, the French king’s diamond merchant. Each of these travelers treats the same basic trajectory -- the sea voyage between Marseilles, then as now France’s “Gateway to the Orient,” and the port of destination, Constantinople, also then as now, a symbolic center of Levantine power, and the major hub of East-West contact. Penned within fifty years of one another, these six case studies enable me to explore three key areas of enquiry that have been understudied in the critical literature: motivation for travel, tropes of travel, and perspective. Given the East-West axis of the travel itineraries in question, the larger field of orientalism provides an important focus for my project. In this regard, the work of and around Edward Said is foundational. In addition, the contributions of cultural anthropologists (see Marcus and Fischer) to thinking about western versions of ‘othering’ provide helpful grounding for considering the projects of each of these travelers (see my Orientalism book). The writings of philosophers Harraway and Longino who analyze the constructed nature of knowledge assist in thinking about the phenomenon of perspective that is the trademark of these juxtaposed travel accounts.
Recent Publications   (More Publications)
  1. M. Longino. "Jean Thévenot: ethnographe des îles du Levant." Actes du CIR 17 : “L’Ile au XVIIe siècle: réalités et imaginaire.”  (April, 2009).
  2. M. Longino. "Le "Mamamouchi" ou la colonisation de l'imaginaire français par le monde ottoman.." Théâtre et voyage. Presses universitaires de Paris - Sorbonne, 2009.  [abs]
  3. M. Longino. "Derrière le présentisme" du regard lointain." La Littérature, le XVIIe siècle et nous: Dialogue Transatlantique Ed. Hélène Merlin-Kajman. Paris Sorbonne nouvelle, 2008, 85-90. This study offers a rapid overview of the reasons for a palpable gap between American and French literary critics, which are especially noticeable in XVIIth century studies. Without entering into a debate for or against the one approach or the other, I analyze the structural social reasons behind American influenced- criticism as I practice it. The purpose of this piece is first of all to understand the pressures of the academic market, which are now part of university life, and which dictate and privilege certain forms of knowledge and ways of thinking over others. I trace their consequences in the mapping of recent interdisciplinary approaches, which characterize the American academy today, while examining certain examples of research produced in this current spirit. Finally, I reflect upon the future of XVIIth century studies on both sides of the Atlantic.  [abs]
  4. M. Longino. ""Racine," "Corneille," "Molière," "La Fontaine" entries." Dictionnaire biographique des orientalistes de langue française  (2008). RACINE (Jean) La Ferté-Milon 1639 - Paris 1699 Alexandre le Grand,1665. Mettant en scène un orient lointain, puisqu’il s’agit de l’Inde, cette pièce annonce le génie de Racine sans encore le démontrer. La rivalité des deux rois Porus et Taxile pour Axiane, l’amour d’Alexandre et de Cléophile, sœur de Taxile, fournissent la matière de la pièce. La dédicace, à Louis XIV, veut établir un parallèle entre ces deux chefs, et inciter le roi français à ambitionner lui aussi d’étendre son pouvoir jusqu’aux Indes. Bérénice, le 20 novembre 1670. Cette tragédie de la séparation, en rivalité avec celle de Corneille (voir Corneille : Tite et Bérénice), met en scène le Romain Titus et deux personnages de l‘Orient, Bérénice de la Palestine et Antiochus de Commagène. Titus doit choisir entre son devoir et sa gloire, et son amour et sa déchéance. Bérénice, l’orientale, ne réussit pas à plier Titus à sa volonté et doit accepter une séparation glorieuse ; et son accompagnateur Antiochus, ami de Titus mais amoureux lui aussi de Bérénice, doit accepter de ne jamais être aimé de celle-ci et malgré cela de la raccompagner en Orient où les deux sont réduits à se retirer. Ainsi, dans cette tragédie, non seulement l’Occident triomphe et domine jusqu’à son désir; l’Orient se retire, refoulé et, dans la figure de Antiochus, castré. Bajazet, 1672. Cette tragédie, la plus orientale de Racine, se déroule dans le Sérail de l’empereur Ottoman, Amurat, et elle est censée être basée, selon le dramaturge, sur des rapports fidèles de témoins fiables, tels l’ambassadeur de Césy, le chevalier de Nantouillet, et l’ambassadeur de la Haye, et de rapporter fidèlement une histoire passée récemment. (En fait, Racine prend beaucoup de libertés avec les actualités.) A l’époque, les relations entre les français et les Ottomans sont tendues à cause de la guerre de Candie et des très mauvais rapports diplomatiques. L’esclave Roxane, élevée par le Sultan amoureux Amurat à régner en son absence, est amoureuse du frère de celui-ci, Bajazet, emprisonné dans le sérail afin de ne pas menacer le pouvoir de Amurat. Lui, bien sûr, est amoureux d’une autre, Atalide, et trouve une esclave indigne de lui. Un coup d’état se prépare, avec toute sorte d’intrigue, y compris l’ambition de Acomat, ancien général et combattant dans l’armée de Amurat. La pièce se dénoue dans une tuerie sanglante. Malgré cela, les contemporains trouveront les personnages trop français et peu convaincants: «les mœurs des Turcs y sont mal observées ; ils ne font point tant de façons pour se marier. . . . On n’entre point dans les raisons de cette grande tuerie, » dira Madame de Sévigné. Mithridate, 1673. Cette tragédie met en scène un Orient peu connu au XVIIe siècle, la mer Noire, qui était contrôlée par les Ottomans et hors-limites aux étrangers à cette époque. Elle répond à l’ambiance guerrière en France qui prépare la guerre contre la Hollande. Mais aussi, le projet ambitionné par Mithridate (et articulé par un Racine bien français) de commencer son attaque sur Rome en remontant le Danube vise et menace implicitement les Hapsburg de Vienne, ennemis des Français. Ainsi, une intrigue de l’antiquité est recyclée au service d’une hostilité d’actualité au Grand Siècle. L’Orient de Racine figure comme la projection d’une menace complice, l’image miroir de l’absolutisme en voie de s’installer, et l’altérité abjecte orientale face à un Occident triomphant et glorieux. En conséquence de ces succès de théâtre, Racine sera nommé historiographe de Louis XIV. Ses ouvrages tardifs, Esther (1689) et Athalie (1691) pourraient aussi être classées des pièces à tendance orientaliste, mais leur thématique est plutôt religieuse de nature. La bibliographie sur Racine est immense ; donc ici-bas ne sont nommés que des ouvrages qui traitent de Racine orientaliste, sans prétendre être une bibliographie exhaustive. Bibliographie: R. Barthes, Sur Racine, Paris 1963; M. Descotes, «L’Intrigue politique dans Bajazet», Revue d’histoire littéraire de la France 71.3 (1971): 400-424; Early Orientalisms, L’Esprit Créateur, 23.3.1992, ed. M. Farrell; M. Greenberg, Canonical States, Canonical Stages: Oedipus, Othering, and Seventeenth-century Drama, Minneapolis, 1994; R. Jasinski, Vers le vrai Racine, Paris 1958; M. Longino, Orientalism and French Classical Drama. Cambridge, 2002; P. Martino, L’Orient dans la littérature française au XVIIe et XVIIIe siècle, Paris, 1911. H. Phillips, Racine: Mithridate, Londres, 1990. MOLIERE (Jean-Baptiste Poquelin) Paris 1622 – Paris 1673 De nombreuses allusions à l’Orient parsèment les comédies de Molière. Le valet de Dom Juan, Sganarelle, traitera son maître de: "un enragé, un chien, un diable, un Turc ( Dom Juan 1.l.33)." Le fourbe Scapin n’inventera pas, mais empruntera le cliché de l’intrigue d’un enlèvements par les turcs, - incident assez courant à l’époque sur les côtes et sur la mer de la Méditerranée - pour empocher la rançon à son propre profit (Les fourberies de Scapin, 2.7, 926). L’extravagant Mascarille de manière précieuse craint d’être traité cruellement, "de Turc à More"(Les précieuses ridicules sc.9, 273). Molière peuple Le Sicilien d’une troupe de maures et une autre d’esclaves. La servante Lisette, dans L’Ecole des maris, insiste sur la supériorité des mœurs françaises pour ce qui regarde les femmes: “Sommes-nous chez les Turcs pour renfermer les femmes? / Car on dit qu’on les tient esclaves en ce lieu, / Et que c’est pour cela qu’ils sont maudits de Dieu (1.2, 144-146).” Et pour décrire la méchanceté de l’avare Harpagon, son valet La Flèche prononce: "Il est Turc là- dessus, mais d'une turquerie à désespérer tout le monde (L'Avare 2.4, 538)." La popularité durable de Molière contribue à assurer à travers les siècles et jusqu’aujourd’hui une image troublante de l’Orient et de l’Oriental. Le bourgeois gentilhomme, 1670 reste sa comédie la plus marquée par l’orientalisme. Le point de départ de cette oeuvre est le désir de Louis XIV et de la Cour de se moquer d’une ambassade turque, reçue en 1670, qui semble avoir contemplé avec dédain les splendeurs de Versailles. A la demande du roi, l’interprète Laurent D’Arvieux a donné à Molière les renseignements de couleur locale, et il a collaboré avec le compositeur Jean Baptiste Lully et Molière pour organiser la cérémonie bouffonne qui termine la pièce. La comédie ridiculise non seulement les Turcs, mais aussi la classe marchande française qui traitait le plus souvent avec eux. Plusieurs langues, y compris le sabir, figurent dans le texte, aussi bien que les rites de la religion musulmane, avec dervis, ainsi que les gestes traditionnels de la culture (la bastonnade) figurent dans la comédie, mais toutes ces touches d’authenticité sont couchées dans un discours qui le plus souvent est composé de non sens et qui ridiculise la culture Ottoman. Bibliographie: Ali Behdad, "The Oriental(ist) Encounter: The Politics of turquerie in Molière," L'Esprit Créateur 23 (fall 1992):37 49; Mary Hossain "The Chevalier d'Arvieux and Le Bourgeois gentilhomme," Seventeenth Century French Studies 12 (1990): 76 88; Françoise Karro, "La Cérémonie turque du Bourgeois gentilhomme: mouvance temporelle et spirituelle de la foi," in Le Bourgeois gentilhomme: Problèmes de la comédie ballet, ed. Volker Kapp, Biblio 17, 67 (Paris: n.p., 1991), 35 93; M. Longino, Orientalism and French Classical Drama (Cambridge, 2002); Pierre Martino, L'Orient dans la littérature française au XVIIe et au XVIIIe siècle (Paris: Hachette, 1906), et "La Cérémonie turque du Bourgeois gentilhomme," Revue d'histoire littéraire de la France 1 (January March 1911): 37 60. CORNEILLE (Pierre) Rouen 1606 – Paris 1684 Le Cid, 1637. écrit à partir d’éléments de Las Mocedades del Cid, de Guillén de Castro (1621). Un seul événement de hasard intervient, l’arrivée des Maures et leur défaite par Rodrigue, la nuit même du jour où il a tué le père de sa fiancée. Ce qui est aussi à noter c’est que Corneille a déplacé le lieu de l’action de la pièce de Burgos, dans le nord-ouest d’Espagne, à Séville, en face du continent Africain. Dans sa version, l’attaque mauresque vient de la mer, rappelant les nombreuses attaques sur la côte encore au 17e siècle. Le nombre de rois captifs est réduit à deux dans la version française, et ils sont invisibles, occultés par le discours de Rodrigue qui raconte à leur place leur défaite et sa victoire. Ils sont nécessaires au déroulement de l’intrigue, mais n’y figurent pas. Tite et Bérénice, le 28 novembre 1670. Une rivalité acerbe avec Jean Racine informe cette pièce tout autant que son sujet, les deux dramaturges ambitionnant de séduire le public Parisien avec chacun sa version de la même histoire. Chez les deux, l’Ouest masculin Romain conquérant, dans le personnage de Tite, résiste à la force séductrice de l’Orient féminin Palestinien complice de Bérénice, et installe ainsi une image durable des relations structurales entre l’Europe et le reste du bassin Méditerranéen. A la différence que chez Corneille, Bérénice n’est pas accompagnée, et elle quitte Rome beaucoup plus fière que l’abjecte créature de Racine. Le public français, à travers les siècles, préférera la Bérénice de Racine. Bibliographie: Massumi, Brian. "Deleuze and Guattari's Theories of the Group Subject, through a Reading of Corneille's Le Cid." Discours social/Social Discourse: The International Working Papers Series in Comparative Literature 1 (winter 1988): 423 40; Blanc, Henri-Frédéric. Sidi: Tragédie Bouffe en cinq actes. Marseilles, 1997; Burshatin, Israel. "The Moor in the Text: Metaphor, Emblem, and Silence." In Race, Writing and Difference, éd. Henry Louis Gates, Jr. Chicago, 1985; Castro, Guillén de. Las Mocedades del Cid. Madrid, 1960; Greenberg, Mitchell. Corneille, Classicism and the Ruses of Symmetry. Cambridge, 1986. LA FONTAINE (Jean de) Château-Thierry 1621 – Paris 1695 La Fontaine offre en guise d’introduction à ses Fables une biographie d’Esope, le Phrygien, qu’il reconnaît comme la source de ses Fables. Mais il est probable qu’Esope ne composait pas ses fables par écrit, et qu’elles soient passées à la postérité grâce aux Grecs. Planude, ca.1260-ca.1310, un moine Byzantin, a transcrit les fables ainsi qu’une biographie d’Esope, qui serait la source d’inspiration de celle de La Fontaine. Mais la Fontaine a recours aussi à d’autres fabulistes, eux de l’Orient, notamment Pilpay, l’Indien. Dans son Avertissement pour les Troisième et Quatrième Parties des fables : « Seulement je dirai par reconnaissance que j’en dois la plus grande partie [de ces derniers sujets] à Pilpay, sage Indien. Son livre a été traduit en toutes les langues. Les gens du pays le croient fort ancien, et original à l’égard d’Esope, si ce n’est Esope lui-même sous le nom du sage Locman.» En fait, les fables d’Esope ne paraissent rien devoir aux fables de Pilpay. Les sources des fables n’ont jamais été repérées avec méthode. Il est possible que ce soit François Bernier, le voyageur ami de Mme de Sablière, que La Fontaine aurait croisé dans ce salon qu’il fréquentait, qui ait appelé l’attention de celui-ci sur les fables de souche orientale. C’est dans le deuxième recueil, que la thématique de l’Orient se déclare, mais même là, d’une manière discrète et abstraite. Dans Livre 6. Fable 1. « Le Pâtre et le lion,» La Fontaine offre ce qu’il imagine être l’histoire de la production des fables, et le fil qu’il ne fait que relayer dans sa version : Nombre de gens fameux en ce genre ont écrit. Tous ont fui l’ornement et le trop d’étendue ; On ne voit point chez eux de parole perdue. Phèdre était si succinct qu’aucuns l’en ont blâmé ; Esope en moins de mots s’est encore exprimé. Mais sur tous certain Grec renchérit et se pique D’une élégance laconique ; Il renferme toujours son conte en quatre vers ; Bien ou mal, je le laisse juger aux experts. Voyons-le avec Esope en un sujet semblable: L’un amène un chasseur, l’autre un pâtre, en sa fable. J’ai suivi leur projet quant à l’événement, Y cousant en chemin quelque trait seulement. Voici comme, à peu près, Esope le raconte. . . Des fables à consulter seraient : 7.3: «Le Rat qui s’est retiré du monde;» 7.6: «Les Souhaits » («Il est au Mogol des Follets»); 9.1: «Le Dépositaire infidèle;» 9.7: «La Souris métamorphosée en fille;» 11.4 : «Le Songe d’un habitant du Mogol;» 11.18: «Le Bassa et la marchand.» La Fontaine, Jean de, 1621-1695. Œuvres complètes / Bibliothèque de la Pléiade ; 10, 62 ; 1991. La Fontaine et l’Orient : réception, réécriture, représentation: Actes de Tunis, 28, 29 avril 1995, Faculté des lettres de la Manouba / [édités par Alia Baccar]. Paris : Seattle : Papers on French Seventeenth Century Literature, 1996. Pilpay. [Gilbert Gaumin]. Livre des lumières ou Conduite des rois, composé par le sage Pilpay Indien, trad. par David Sahid, d’Ispahan, ville capitale de la Perse. Paris : Siméon Piget, 1644. Planudes Maximus. Mythologia Æsopica. In qua, Æsopi fabvlæ, græcolatinae CCXCVII. Qvarum CXXXVI primùm prodeunt. Accedunt Babriæ fabvlæ etiam avctiores. Anonymi veteris fabulæ latino carmine redditæ LX ex exsoletis editionibus & codice ms. luci redditæ. Hæc omnia ex Bibliotheca Palatina. Adiiciuntur insuper Phædri, Avieni, Abstemii, Fabvlæ. Opera & studio, Isaaci Nicolai Neveleti cum notis eiusdem in eadem. Francoforti, typis Nicolai Hoffmanni, 1610. MOLIERE (Jean-Baptiste Poquelin) Paris 1622 – Paris 1673 De nombreuses allusions à l’Orient parsèment les comédies de Molière. Le valet de Dom Juan, Sganarelle, traitera son maître de: "un enragé, un chien, un diable, un Turc ( Dom Juan 1.l.33)." Le fourbe Scapin n’inventera pas, mais empruntera le cliché de l’intrigue d’un enlèvements par les turcs, - incident assez courant à l’époque sur les côtes et sur la mer de la Méditerranée - pour empocher la rançon à son propre profit (Les fourberies de Scapin, 2.7, 926). L’extravagant Mascarille de manière précieuse craint d’être traité cruellement, "de Turc à More"(Les précieuses ridicules sc.9, 273). Molière peuple Le Sicilien d’une troupe de maures et une autre d’esclaves. La servante Lisette, dans L’Ecole des maris, insiste sur la supériorité des mœurs françaises pour ce qui regarde les femmes: “Sommes-nous chez les Turcs pour renfermer les femmes? / Car on dit qu’on les tient esclaves en ce lieu, / Et que c’est pour cela qu’ils sont maudits de Dieu (1.2, 144-146).” Et pour décrire la méchanceté de l’avare Harpagon, son valet La Flèche prononce: "Il est Turc là- dessus, mais d'une turquerie à désespérer tout le monde (L'Avare 2.4, 538)." La popularité durable de Molière contribue à assurer à travers les siècles et jusqu’aujourd’hui une image troublante de l’Orient et de l’Oriental. Le bourgeois gentilhomme, 1670 reste sa comédie la plus marquée par l’orientalisme. Le point de départ de cette oeuvre est le désir de Louis XIV et de la Cour de se moquer d’une ambassade turque, reçue en 1670, qui semble avoir contemplé avec dédain les splendeurs de Versailles. A la demande du roi, l’interprète Laurent D’Arvieux a donné à Molière les renseignements de couleur locale, et il a collaboré avec le compositeur Jean Baptiste Lully et Molière pour organiser la cérémonie bouffonne qui termine la pièce. La comédie ridiculise non seulement les Turcs, mais aussi la classe marchande française qui traitait le plus souvent avec eux. Plusieurs langues, y compris le sabir, figurent dans le texte, aussi bien que les rites de la religion musulmane, avec dervis, ainsi que les gestes traditionnels de la culture (la bastonnade) figurent dans la comédie, mais toutes ces touches d’authenticité sont couchées dans un discours qui le plus souvent est composé de non sens et qui ridiculise la culture Ottoman. Bibliographie: Ali Behdad, "The Oriental(ist) Encounter: The Politics of turquerie in Molière," L'Esprit Créateur 23 (fall 1992):37 49; Mary Hossain "The Chevalier d'Arvieux and Le Bourgeois gentilhomme," Seventeenth Century French Studies 12 (1990): 76 88; Françoise Karro, "La Cérémonie turque du Bourgeois gentilhomme: mouvance temporelle et spirituelle de la foi," in Le Bourgeois gentilhomme: Problèmes de la comédie ballet, ed. Volker Kapp, Biblio 17, 67 (Paris: n.p., 1991), 35 93; M. Longino, Orientalism and French Classical Drama (Cambridge, 2002); Pierre Martino, L'Orient dans la littérature française au XVIIe et au XVIIIe siècle (Paris: Hachette, 1906), et "La Cérémonie turque du Bourgeois gentilhomme," Revue d'histoire littéraire de la France 1 (January March 1911): 37 60. CORNEILLE (Pierre) Rouen 1606 – Paris 1684 Le Cid, 1637. écrit à partir d’éléments de Las Mocedades del Cid, de Guillén de Castro (1621). Un seul événement de hasard intervient, l’arrivée des Maures et leur défaite par Rodrigue, la nuit même du jour où il a tué le père de sa fiancée. Ce qui est aussi à noter c’est que Corneille a déplacé le lieu de l’action de la pièce de Burgos, dans le nord-ouest d’Espagne, à Séville, en face du continent Africain. Dans sa version, l’attaque mauresque vient de la mer, rappelant les nombreuses attaques sur la côte encore au 17e siècle. Le nombre de rois captifs est réduit à deux dans la version française, et ils sont invisibles, occultés par le discours de Rodrigue qui raconte à leur place leur défaite et sa victoire. Ils sont nécessaires au déroulement de l’intrigue, mais n’y figurent pas. Tite et Bérénice, le 28 novembre 1670. Une rivalité acerbe avec Jean Racine informe cette pièce tout autant que son sujet, les deux dramaturges ambitionnant de séduire le public Parisien avec chacun sa version de la même histoire. Chez les deux, l’Ouest masculin Romain conquérant, dans le personnage de Tite, résiste à la force séductrice de l’Orient féminin Palestinien complice de Bérénice, et installe ainsi une image durable des relations structurales entre l’Europe et le reste du bassin Méditerranéen. A la différence que chez Corneille, Bérénice n’est pas accompagnée, et elle quitte Rome beaucoup plus fière que l’abjecte créature de Racine. Le public français, à travers les siècles, préférera la Bérénice de Racine. Bibliographie: Massumi, Brian. "Deleuze and Guattari's Theories of the Group Subject, through a Reading of Corneille's Le Cid." Discours social/Social Discourse: The International Working Papers Series in Comparative Literature 1 (winter 1988): 423 40; Blanc, Henri-Frédéric. Sidi: Tragédie Bouffe en cinq actes. Marseilles, 1997; Burshatin, Israel. "The Moor in the Text: Metaphor, Emblem, and Silence." In Race, Writing and Difference, éd. Henry Louis Gates, Jr. Chicago, 1985; Castro, Guillén de. Las Mocedades del Cid. Madrid, 1960; Greenberg, Mitchell. Corneille, Classicism and the Ruses of Symmetry. Cambridge, 1986. LA FONTAINE (Jean de) Château-Thierry 1621 – Paris 1695 La Fontaine offre en guise d’introduction à ses Fables une biographie d’Esope, le Phrygien, qu’il reconnaît comme la source de ses Fables. Mais il est probable qu’Esope ne composait pas ses fables par écrit, et qu’elles soient passées à la postérité grâce aux Grecs. Planude, ca.1260-ca.1310, un moine Byzantin, a transcrit les fables ainsi qu’une biographie d’Esope, qui serait la source d’inspiration de celle de La Fontaine. Mais la Fontaine a recours aussi à d’autres fabulistes, eux de l’Orient, notamment Pilpay, l’Indien. Dans son Avertissement pour les Troisième et Quatrième Parties des fables : « Seulement je dirai par reconnaissance que j’en dois la plus grande partie [de ces derniers sujets] à Pilpay, sage Indien. Son livre a été traduit en toutes les langues. Les gens du pays le croient fort ancien, et original à l’égard d’Esope, si ce n’est Esope lui-même sous le nom du sage Locman.» En fait, les fables d’Esope ne paraissent rien devoir aux fables de Pilpay. Les sources des fables n’ont jamais été repérées avec méthode. Il est possible que ce soit François Bernier, le voyageur ami de Mme de Sablière, que La Fontaine aurait croisé dans ce salon qu’il fréquentait, qui ait appelé l’attention de celui-ci sur les fables de souche orientale. C’est dans le deuxième recueil, que la thématique de l’Orient se déclare, mais même là, d’une manière discrète et abstraite. Dans Livre 6. Fable 1. « Le Pâtre et le lion,» La Fontaine offre ce qu’il imagine être l’histoire de la production des fables, et le fil qu’il ne fait que relayer dans sa version : Nombre de gens fameux en ce genre ont écrit. Tous ont fui l’ornement et le trop d’étendue ; On ne voit point chez eux de parole perdue. Phèdre était si succinct qu’aucuns l’en ont blâmé ; Esope en moins de mots s’est encore exprimé. Mais sur tous certain Grec renchérit et se pique D’une élégance laconique ; Il renferme toujours son conte en quatre vers ; Bien ou mal, je le laisse juger aux experts. Voyons-le avec Esope en un sujet semblable: L’un amène un chasseur, l’autre un pâtre, en sa fable. J’ai suivi leur projet quant à l’événement, Y cousant en chemin quelque trait seulement. Voici comme, à peu près, Esope le raconte. . . Des fables à consulter seraient : 7.3: «Le Rat qui s’est retiré du monde;» 7.6: «Les Souhaits » («Il est au Mogol des Follets»); 9.1: «Le Dépositaire infidèle;» 9.7: «La Souris métamorphosée en fille;» 11.4 : «Le Songe d’un habitant du Mogol;» 11.18: «Le Bassa et la marchand.» La Fontaine, Jean de, 1621-1695. Œuvres complètes / Bibliothèque de la Pléiade ; 10, 62 ; 1991. La Fontaine et l’Orient : réception, réécriture, représentation: Actes de Tunis, 28, 29 avril 1995, Faculté des lettres de la Manouba / [édités par Alia Baccar]. Paris : Seattle : Papers on French Seventeenth Century Literature, 1996. Pilpay. [Gilbert Gaumin]. Livre des lumières ou Conduite des rois, composé par le sage Pilpay Indien, trad. par David Sahid, d’Ispahan, ville capitale de la Perse. Paris : Siméon Piget, 1644. Planudes Maximus. Mythologia Æsopica. In qua, Æsopi fabvlæ, græcolatinae CCXCVII. Qvarum CXXXVI primùm prodeunt. Accedunt Babriæ fabvlæ etiam avctiores. Anonymi veteris fabulæ latino carmine redditæ LX ex exsoletis editionibus & codice ms. luci redditæ. Hæc omnia ex Bibliotheca Palatina. Adiiciuntur insuper Phædri, Avieni, Abstemii, Fabvlæ. Opera & studio, Isaaci Nicolai Neveleti cum notis eiusdem in eadem. Francoforti, typis Nicolai Hoffmanni, 1610.
  5. M. Longino. "Antoine Galland: Voyageur et passeur." Récits d'orient dans les littératures d'Europe Ed. Anne Duprat et Emilie Picherot. Presses universitaires de Paris - Sorbonne IV, 2008, 341-347. Antoine Galland, voyageur et passeur Antoine Galland est connu surtout pour sa traduction des Mille et une nuits, moins bien sa préface à la Bibliothèque orientale de D’Herbelot. Mais il n’était pas un orientaliste sédentaire ; il était plutôt grand voyageur, antiquaire du roi et de Colbert, chargé de piller l’Orient pour tout manuscrit rare, médaille précieuse, curiosité rare, pour la collection royale. Il a laissé des traces de sa vocation et de ses voyages dans son journal de voyage. Il a cultivé l’habitude de tenir un journal et l’a rempli au cours de sa vie en France et de ses voyages au Levant, soit pendant une cinquantaine d’années. Seuls deux volumes ont été édités, pour les années 1672 et 1673, qui correspondent aux dates de son séjour à Constantinople. Plus récemment, un volume de son journal de voyage en Smyrne a paru, mais c’est le siège de l’Empire Ottoman qui m’intéresse ici. Et c’est sur cette période antérieure éditée que je porte mon regard aujourd’hui. Qu’est-ce qu’on peut savoir de lui en lisant ses cahiers ? L’idée de « journal » de nos jours suggère une intimité, un mode confessionnel censé révéler un être pris sur le vif. Mais l’attente peut-être anachronique est complètement déjouée dans cette lecture, et Galland résiste à être ainsi scruté. Son récit reste tout simplement un témoignage confidentiel au jour le jour de ce qu’il veut noter, et il est très vite clair qu’il ne se considère pas le héros de son propre récit. En fait Galland la personne (tel que nous comprenons le terme ‘personne’) est quasiment absente de son texte. Il n’existe et ne s’inscrit qu’en fonction de sa mission, de son témoignage sur les autres, de ses observations sur le monde qu’il découvre au Levant. C’est un ‘œil,’ et le journal serait une réduplication de cette fonction de ‘œil.’