| Michèle Longino received her PhD from the University of Michigan in 1984, and taught at Rice University before coming to Duke in 1989. Her interests in the epistolary genre and in women’s writing led to the publication of "Performing Motherhood: The Sévigné Correspondence" (1991). She also published articles on the writings of other seventeenth-century authors, including Mme d'Aulnoy, Marie de Gournay, Poullain de la Barre, Mme de Lafayette, Corneille, Boileau, Molière, and Racine. She has also published a book on the staging of exoticism in seventeenth-century France: "Orientalism and French Classical Drama" (2002).
Her current research interests include travel accounts, questions of genre, feminist theory, and seventeenth-century French literature in a cultural studies context; and her current book project is entitled, "Travel, or the Benefits of Discontent: Marseilles to Constantinople (1650-1700)." Education:
- PhD in French Literature University of Michigan, 1984
- MA Claremont Graduate School, 1972
- BA Rosary College, 1968
Research Interests:
I am organizing my new book around six French travel journals
produced between 1650 and 1700. The travelers I treat are:
Guillaume-Joseph Grelot, the artist; Jean Chardin, the protestant
jewel merchant; Antoine Galland, the antiquarian; Laurent
D’Arvieux, the linguist and diplomat; Jean Thévenot, the
orientalist; and Jean-Baptiste Tavernier, the French king’s
diamond merchant. Each of these travelers treats the same
basic trajectory -- the sea voyage between Marseilles, then as
now France’s “Gateway to the Orient,” and the port of
destination, Constantinople, also then as now, a symbolic center
of Levantine power, and the major hub of East-West contact.
Penned within fifty years of one another, these six case studies
enable me to explore three key areas of enquiry that have been
understudied in the critical literature: motivation for travel,
tropes of travel, and perspective.
Given the East-West axis of the travel itineraries in question, the
larger field of orientalism provides an important focus for my
project. In this regard, the work of and around Edward Said is
foundational. In addition, the contributions of cultural
anthropologists (see Marcus and Fischer) to thinking about
western versions of ‘othering’ provide helpful grounding for
considering the projects of each of these travelers (see my
Orientalism book). The writings of philosophers Harraway and
Longino who analyze the constructed nature of knowledge assist
in thinking about the phenomenon of perspective that is the
trademark of these juxtaposed travel accounts. Recent Publications (More Publications)
- M. Longino. "Jean Thévenot: ethnographe des îles du Levant." Actes du CIR 17 : “L’Ile au XVIIe siècle: réalités et imaginaire.” (April, 2009).
- M. Longino. "Le "Mamamouchi" ou la colonisation de l'imaginaire français par le monde ottoman.." Théâtre et voyage. Presses universitaires de Paris - Sorbonne, 2009. [abs]
- M. Longino. "Derrière le présentisme" du regard lointain." La Littérature, le XVIIe siècle et nous: Dialogue Transatlantique Ed. Hélène Merlin-Kajman. Paris Sorbonne nouvelle, 2008, 85-90. This study offers a rapid overview of the
reasons
for a palpable gap between American and
French literary
critics, which are especially noticeable in
XVIIth century
studies. Without entering into a debate for
or against the
one approach or the other, I analyze the
structural social reasons behind American
influenced-
criticism as I practice it. The purpose of
this piece is first of all to understand the
pressures of the
academic market, which are now part of
university life,
and which dictate and privilege certain forms of
knowledge and ways of thinking over others.
I trace
their consequences in the mapping of recent
interdisciplinary approaches, which
characterize the
American academy today, while examining certain
examples of research produced in this current
spirit.
Finally, I reflect upon the future of
XVIIth century studies on both sides of the
Atlantic. [abs]
- M. Longino. ""Racine," "Corneille," "Molière," "La Fontaine" entries." Dictionnaire biographique des orientalistes de langue française (2008). RACINE (Jean)
La Ferté-Milon 1639 - Paris 1699
Alexandre le Grand,1665. Mettant en scène un orient
lointain, puisqu’il s’agit de l’Inde, cette pièce annonce le
génie de Racine sans encore le démontrer. La rivalité des
deux rois Porus et Taxile pour Axiane, l’amour
d’Alexandre et de Cléophile, sœur de Taxile, fournissent
la matière de la pièce. La dédicace, à Louis XIV, veut
établir un parallèle entre ces deux chefs, et inciter le roi
français à ambitionner lui aussi d’étendre son pouvoir
jusqu’aux Indes. Bérénice, le 20 novembre 1670. Cette
tragédie de la séparation, en rivalité avec celle de
Corneille (voir Corneille : Tite et Bérénice), met en scène le
Romain Titus et deux personnages de l‘Orient, Bérénice
de la Palestine et Antiochus de Commagène. Titus doit
choisir entre son devoir et sa gloire, et son amour et sa
déchéance. Bérénice, l’orientale, ne réussit pas à plier
Titus à sa volonté et doit accepter une séparation
glorieuse ; et son accompagnateur Antiochus, ami de
Titus mais amoureux lui aussi de Bérénice, doit accepter
de ne jamais être aimé de celle-ci et malgré cela de la
raccompagner en Orient où les deux sont réduits à se
retirer. Ainsi, dans cette tragédie, non seulement
l’Occident triomphe et domine jusqu’à son désir; l’Orient
se retire, refoulé et, dans la figure de Antiochus, castré.
Bajazet, 1672. Cette tragédie, la plus orientale de Racine,
se déroule dans le Sérail de l’empereur Ottoman, Amurat,
et elle est censée être basée, selon le dramaturge, sur des
rapports fidèles de témoins fiables, tels l’ambassadeur de
Césy, le chevalier de Nantouillet, et l’ambassadeur de la
Haye, et de rapporter fidèlement une histoire passée
récemment. (En fait, Racine prend beaucoup de libertés
avec les actualités.) A l’époque, les relations entre les
français et les Ottomans sont tendues à cause de la
guerre de Candie et des très mauvais rapports
diplomatiques. L’esclave Roxane, élevée par le Sultan
amoureux Amurat à régner en son absence, est
amoureuse du frère de celui-ci, Bajazet, emprisonné dans
le sérail afin de ne pas menacer le pouvoir de Amurat. Lui,
bien sûr, est amoureux d’une autre, Atalide, et trouve une
esclave indigne de lui. Un coup d’état se prépare, avec
toute sorte d’intrigue, y compris l’ambition de Acomat,
ancien général et combattant dans l’armée de Amurat. La
pièce se dénoue dans une tuerie sanglante. Malgré cela,
les contemporains trouveront les personnages trop
français et peu convaincants: «les mœurs des Turcs y sont
mal observées ; ils ne font point tant de façons pour se
marier. . . . On n’entre point dans les raisons de cette
grande tuerie, » dira Madame de Sévigné. Mithridate,
1673. Cette tragédie met en scène un Orient peu connu
au XVIIe siècle, la mer Noire, qui était contrôlée par les
Ottomans et hors-limites aux étrangers à cette époque.
Elle répond à l’ambiance guerrière en France qui prépare
la guerre contre la Hollande. Mais aussi, le projet
ambitionné par Mithridate (et articulé par un Racine bien
français) de commencer son attaque sur Rome en
remontant le Danube vise et menace implicitement les
Hapsburg de Vienne, ennemis des Français. Ainsi, une
intrigue de l’antiquité est recyclée au service d’une
hostilité d’actualité au Grand Siècle. L’Orient de Racine
figure comme la projection d’une menace complice,
l’image miroir de l’absolutisme en voie de s’installer, et
l’altérité abjecte orientale face à un Occident triomphant
et glorieux. En conséquence de ces succès de théâtre,
Racine sera nommé historiographe de Louis XIV. Ses
ouvrages tardifs, Esther (1689) et Athalie (1691)
pourraient aussi être classées des pièces à tendance
orientaliste, mais leur thématique est plutôt religieuse de
nature. La bibliographie sur Racine est immense ; donc
ici-bas ne sont nommés que des ouvrages qui traitent de
Racine orientaliste, sans prétendre être une bibliographie
exhaustive.
Bibliographie:
R. Barthes, Sur Racine, Paris 1963; M. Descotes,
«L’Intrigue politique dans Bajazet», Revue d’histoire
littéraire de la France 71.3 (1971): 400-424; Early
Orientalisms, L’Esprit Créateur, 23.3.1992, ed. M. Farrell;
M. Greenberg, Canonical States, Canonical Stages:
Oedipus, Othering, and Seventeenth-century Drama,
Minneapolis, 1994; R. Jasinski, Vers le vrai Racine, Paris
1958; M. Longino, Orientalism and French Classical
Drama. Cambridge, 2002; P. Martino, L’Orient dans la
littérature française au XVIIe et XVIIIe siècle, Paris, 1911.
H. Phillips, Racine: Mithridate, Londres, 1990.
MOLIERE (Jean-Baptiste Poquelin)
Paris 1622 – Paris 1673
De nombreuses allusions à l’Orient parsèment les
comédies de Molière. Le valet de Dom Juan, Sganarelle,
traitera son maître de: "un enragé, un chien, un diable, un
Turc ( Dom Juan 1.l.33)." Le fourbe Scapin n’inventera pas,
mais empruntera le cliché de l’intrigue d’un enlèvements
par les turcs, - incident assez courant à l’époque sur les
côtes et sur la mer de la Méditerranée - pour empocher
la rançon à son propre profit (Les fourberies de Scapin,
2.7, 926). L’extravagant Mascarille de manière précieuse
craint d’être traité cruellement, "de Turc à More"(Les
précieuses ridicules sc.9, 273). Molière peuple Le Sicilien
d’une troupe de maures et une autre d’esclaves. La
servante Lisette, dans L’Ecole des maris, insiste sur la
supériorité des mœurs françaises pour ce qui regarde les
femmes: “Sommes-nous chez les Turcs pour renfermer
les femmes? / Car on dit qu’on les tient esclaves en ce
lieu, / Et que c’est pour cela qu’ils sont maudits de Dieu
(1.2, 144-146).” Et pour décrire la méchanceté de l’avare
Harpagon, son valet La Flèche prononce: "Il est Turc là-
dessus, mais d'une turquerie à désespérer tout le monde
(L'Avare 2.4, 538)." La popularité durable de Molière
contribue à assurer à travers les siècles et
jusqu’aujourd’hui une image troublante de l’Orient et de
l’Oriental.
Le bourgeois gentilhomme, 1670 reste sa comédie la plus
marquée par l’orientalisme. Le point de départ de cette
oeuvre est le désir de Louis XIV et de la Cour de se
moquer d’une ambassade turque, reçue en 1670, qui
semble avoir contemplé avec dédain les splendeurs de
Versailles. A la demande du roi, l’interprète Laurent
D’Arvieux a donné à Molière les renseignements de
couleur locale, et il a collaboré avec le compositeur Jean
Baptiste Lully et Molière pour organiser la cérémonie
bouffonne qui termine la pièce. La comédie ridiculise non
seulement les Turcs, mais aussi la classe marchande
française qui traitait le plus souvent avec eux. Plusieurs
langues, y compris le sabir, figurent dans le texte, aussi
bien que les rites de la religion musulmane, avec dervis,
ainsi que les gestes traditionnels de la culture (la
bastonnade) figurent dans la comédie, mais toutes ces
touches d’authenticité sont couchées dans un discours qui
le plus souvent est composé de non sens et qui ridiculise
la culture Ottoman.
Bibliographie:
Ali Behdad, "The Oriental(ist) Encounter: The Politics of
turquerie in Molière," L'Esprit Créateur 23 (fall 1992):37
49; Mary Hossain "The Chevalier d'Arvieux and Le
Bourgeois gentilhomme," Seventeenth Century French
Studies 12 (1990): 76 88; Françoise Karro, "La Cérémonie
turque du Bourgeois gentilhomme: mouvance temporelle
et spirituelle de la foi," in Le Bourgeois gentilhomme:
Problèmes de la comédie ballet, ed. Volker Kapp, Biblio
17, 67 (Paris: n.p., 1991), 35 93; M. Longino, Orientalism
and French Classical Drama (Cambridge, 2002); Pierre
Martino, L'Orient dans la littérature française au XVIIe et
au XVIIIe siècle (Paris: Hachette, 1906), et "La Cérémonie
turque du Bourgeois gentilhomme," Revue d'histoire
littéraire de la France 1 (January March 1911): 37 60.
CORNEILLE (Pierre)
Rouen 1606 – Paris 1684
Le Cid, 1637. écrit à partir d’éléments de Las Mocedades
del Cid, de Guillén de Castro (1621). Un seul événement
de hasard intervient, l’arrivée des Maures et leur défaite
par Rodrigue, la nuit même du jour où il a tué le père de
sa fiancée. Ce qui est aussi à noter c’est que Corneille a
déplacé le lieu de l’action de la pièce de Burgos, dans le
nord-ouest d’Espagne, à Séville, en face du continent
Africain. Dans sa version, l’attaque mauresque vient de la
mer, rappelant les nombreuses attaques sur la côte encore
au 17e siècle.
Le nombre de rois captifs est réduit à deux dans la
version française, et ils sont invisibles, occultés par le
discours de Rodrigue qui raconte à leur place leur défaite
et sa victoire. Ils sont nécessaires au déroulement de
l’intrigue, mais n’y figurent pas. Tite et Bérénice, le 28
novembre 1670. Une rivalité acerbe avec Jean Racine
informe cette pièce tout autant que son sujet, les deux
dramaturges ambitionnant de séduire le public Parisien
avec chacun sa version de la même histoire. Chez les
deux, l’Ouest masculin Romain conquérant, dans le
personnage de Tite, résiste à la force séductrice de
l’Orient féminin Palestinien complice de Bérénice, et
installe ainsi une image durable des relations structurales
entre l’Europe et le reste du bassin Méditerranéen. A la
différence que chez Corneille, Bérénice n’est pas
accompagnée, et elle quitte Rome beaucoup plus fière que
l’abjecte créature de Racine. Le public français, à travers
les siècles, préférera la Bérénice de Racine.
Bibliographie:
Massumi, Brian. "Deleuze and Guattari's Theories of the
Group Subject, through a Reading of Corneille's Le Cid."
Discours social/Social Discourse: The International
Working Papers Series in Comparative Literature 1 (winter
1988): 423 40; Blanc, Henri-Frédéric. Sidi: Tragédie
Bouffe en cinq actes. Marseilles, 1997; Burshatin, Israel.
"The Moor in the Text: Metaphor, Emblem, and Silence." In
Race, Writing and Difference, éd. Henry Louis Gates, Jr.
Chicago, 1985; Castro, Guillén de. Las Mocedades del Cid.
Madrid, 1960; Greenberg, Mitchell. Corneille, Classicism
and the Ruses of Symmetry. Cambridge, 1986.
LA FONTAINE (Jean de)
Château-Thierry 1621 – Paris 1695
La Fontaine offre en guise d’introduction à ses Fables une
biographie d’Esope, le Phrygien, qu’il reconnaît comme la
source de ses Fables. Mais il est probable qu’Esope ne
composait pas ses fables par écrit, et qu’elles soient
passées à la postérité grâce aux Grecs. Planude,
ca.1260-ca.1310, un moine Byzantin, a transcrit les
fables ainsi qu’une biographie d’Esope, qui serait la
source d’inspiration de celle de La Fontaine. Mais la
Fontaine a recours aussi à d’autres fabulistes, eux de
l’Orient, notamment Pilpay, l’Indien. Dans son
Avertissement pour les Troisième et Quatrième Parties des
fables : « Seulement je dirai par reconnaissance que j’en
dois la plus grande partie [de ces derniers sujets] à Pilpay,
sage Indien. Son livre a été traduit en toutes les langues.
Les gens du pays le croient fort ancien, et original à
l’égard d’Esope, si ce n’est Esope lui-même sous le nom
du sage Locman.» En fait, les fables d’Esope ne paraissent
rien devoir aux fables de Pilpay. Les sources des fables
n’ont jamais été repérées avec méthode. Il est possible
que ce soit François Bernier, le voyageur ami de Mme de
Sablière, que La Fontaine aurait croisé dans ce salon qu’il
fréquentait, qui ait appelé l’attention de celui-ci sur les
fables de souche orientale. C’est dans le deuxième
recueil, que la thématique de l’Orient se déclare, mais
même là, d’une manière discrète et abstraite. Dans Livre
6. Fable 1. « Le Pâtre et le lion,» La Fontaine offre ce qu’il
imagine être l’histoire de la production des fables, et le fil
qu’il ne fait que relayer dans sa version :
Nombre de gens fameux en ce genre ont écrit.
Tous ont fui l’ornement et le trop d’étendue ;
On ne voit point chez eux de parole perdue.
Phèdre était si succinct qu’aucuns l’en ont blâmé ;
Esope en moins de mots s’est encore exprimé.
Mais sur tous certain Grec renchérit et se pique
D’une élégance laconique ;
Il renferme toujours son conte en quatre vers ;
Bien ou mal, je le laisse juger aux experts.
Voyons-le avec Esope en un sujet semblable: L’un amène
un chasseur, l’autre un pâtre, en sa fable.
J’ai suivi leur projet quant à l’événement,
Y cousant en chemin quelque trait seulement.
Voici comme, à peu près, Esope le raconte. . .
Des fables à consulter seraient : 7.3: «Le Rat qui s’est
retiré du monde;» 7.6: «Les Souhaits » («Il est au Mogol
des Follets»); 9.1: «Le Dépositaire infidèle;» 9.7: «La
Souris métamorphosée en fille;» 11.4 : «Le Songe d’un
habitant du Mogol;» 11.18: «Le Bassa et la marchand.»
La Fontaine, Jean de, 1621-1695. Œuvres complètes /
Bibliothèque de la Pléiade ; 10, 62 ; 1991. La Fontaine et
l’Orient : réception, réécriture, représentation: Actes de
Tunis, 28, 29 avril 1995, Faculté des lettres de la Manouba
/ [édités par Alia Baccar]. Paris : Seattle : Papers on French
Seventeenth Century Literature, 1996.
Pilpay. [Gilbert Gaumin]. Livre des lumières ou Conduite
des rois, composé par le sage Pilpay Indien, trad. par
David Sahid, d’Ispahan, ville capitale de la Perse. Paris :
Siméon Piget, 1644.
Planudes Maximus. Mythologia Æsopica. In qua, Æsopi
fabvlæ, græcolatinae CCXCVII. Qvarum CXXXVI primùm
prodeunt. Accedunt Babriæ fabvlæ etiam avctiores.
Anonymi veteris fabulæ latino carmine redditæ LX ex
exsoletis editionibus & codice ms. luci redditæ. Hæc
omnia ex Bibliotheca Palatina. Adiiciuntur insuper Phædri,
Avieni, Abstemii, Fabvlæ. Opera & studio, Isaaci Nicolai
Neveleti cum notis eiusdem in eadem. Francoforti, typis
Nicolai Hoffmanni, 1610.
MOLIERE (Jean-Baptiste Poquelin)
Paris 1622 – Paris 1673
De nombreuses allusions à l’Orient parsèment les
comédies de Molière. Le valet de Dom Juan, Sganarelle,
traitera son maître de: "un enragé, un chien, un diable, un
Turc ( Dom Juan 1.l.33)." Le fourbe Scapin n’inventera pas,
mais empruntera le cliché de l’intrigue d’un enlèvements
par les turcs, - incident assez courant à l’époque sur les
côtes et sur la mer de la Méditerranée - pour empocher
la rançon à son propre profit (Les fourberies de Scapin,
2.7, 926). L’extravagant Mascarille de manière précieuse
craint d’être traité cruellement, "de Turc à More"(Les
précieuses ridicules sc.9, 273). Molière peuple Le Sicilien
d’une troupe de maures et une autre d’esclaves. La
servante Lisette, dans L’Ecole des maris, insiste sur la
supériorité des mœurs françaises pour ce qui regarde les
femmes: “Sommes-nous chez les Turcs pour renfermer
les femmes? / Car on dit qu’on les tient esclaves en ce
lieu, / Et que c’est pour cela qu’ils sont maudits de Dieu
(1.2, 144-146).” Et pour décrire la méchanceté de l’avare
Harpagon, son valet La Flèche prononce: "Il est Turc là-
dessus, mais d'une turquerie à désespérer tout le monde
(L'Avare 2.4, 538)." La popularité durable de Molière
contribue à assurer à travers les siècles et
jusqu’aujourd’hui une image troublante de l’Orient et de
l’Oriental.
Le bourgeois gentilhomme, 1670 reste sa comédie la plus
marquée par l’orientalisme. Le point de départ de cette
oeuvre est le désir de Louis XIV et de la Cour de se
moquer d’une ambassade turque, reçue en 1670, qui
semble avoir contemplé avec dédain les splendeurs de
Versailles. A la demande du roi, l’interprète Laurent
D’Arvieux a donné à Molière les renseignements de
couleur locale, et il a collaboré avec le compositeur Jean
Baptiste Lully et Molière pour organiser la cérémonie
bouffonne qui termine la pièce. La comédie ridiculise non
seulement les Turcs, mais aussi la classe marchande
française qui traitait le plus souvent avec eux. Plusieurs
langues, y compris le sabir, figurent dans le texte, aussi
bien que les rites de la religion musulmane, avec dervis,
ainsi que les gestes traditionnels de la culture (la
bastonnade) figurent dans la comédie, mais toutes ces
touches d’authenticité sont couchées dans un discours qui
le plus souvent est composé de non sens et qui ridiculise
la culture Ottoman.
Bibliographie:
Ali Behdad, "The Oriental(ist) Encounter: The Politics of
turquerie in Molière," L'Esprit Créateur 23 (fall 1992):37
49; Mary Hossain "The Chevalier d'Arvieux and Le
Bourgeois gentilhomme," Seventeenth Century French
Studies 12 (1990): 76 88; Françoise Karro, "La Cérémonie
turque du Bourgeois gentilhomme: mouvance temporelle
et spirituelle de la foi," in Le Bourgeois gentilhomme:
Problèmes de la comédie ballet, ed. Volker Kapp, Biblio
17, 67 (Paris: n.p., 1991), 35 93; M. Longino, Orientalism
and French Classical Drama (Cambridge, 2002); Pierre
Martino, L'Orient dans la littérature française au XVIIe et
au XVIIIe siècle (Paris: Hachette, 1906), et "La Cérémonie
turque du Bourgeois gentilhomme," Revue d'histoire
littéraire de la France 1 (January March 1911): 37 60.
CORNEILLE (Pierre)
Rouen 1606 – Paris 1684
Le Cid, 1637. écrit à partir d’éléments de Las Mocedades
del Cid, de Guillén de Castro (1621). Un seul événement
de hasard intervient, l’arrivée des Maures et leur défaite
par Rodrigue, la nuit même du jour où il a tué le père de
sa fiancée. Ce qui est aussi à noter c’est que Corneille a
déplacé le lieu de l’action de la pièce de Burgos, dans le
nord-ouest d’Espagne, à Séville, en face du continent
Africain. Dans sa version, l’attaque mauresque vient de la
mer, rappelant les nombreuses attaques sur la côte encore
au 17e siècle.
Le nombre de rois captifs est réduit à deux dans la
version française, et ils sont invisibles, occultés par le
discours de Rodrigue qui raconte à leur place leur défaite
et sa victoire. Ils sont nécessaires au déroulement de
l’intrigue, mais n’y figurent pas. Tite et Bérénice, le 28
novembre 1670. Une rivalité acerbe avec Jean Racine
informe cette pièce tout autant que son sujet, les deux
dramaturges ambitionnant de séduire le public Parisien
avec chacun sa version de la même histoire. Chez les
deux, l’Ouest masculin Romain conquérant, dans le
personnage de Tite, résiste à la force séductrice de
l’Orient féminin Palestinien complice de Bérénice, et
installe ainsi une image durable des relations structurales
entre l’Europe et le reste du bassin Méditerranéen. A la
différence que chez Corneille, Bérénice n’est pas
accompagnée, et elle quitte Rome beaucoup plus fière que
l’abjecte créature de Racine. Le public français, à travers
les siècles, préférera la Bérénice de Racine.
Bibliographie:
Massumi, Brian. "Deleuze and Guattari's Theories of the
Group Subject, through a Reading of Corneille's Le Cid."
Discours social/Social Discourse: The International
Working Papers Series in Comparative Literature 1 (winter
1988): 423 40; Blanc, Henri-Frédéric. Sidi: Tragédie
Bouffe en cinq actes. Marseilles, 1997; Burshatin, Israel.
"The Moor in the Text: Metaphor, Emblem, and Silence." In
Race, Writing and Difference, éd. Henry Louis Gates, Jr.
Chicago, 1985; Castro, Guillén de. Las Mocedades del Cid.
Madrid, 1960; Greenberg, Mitchell. Corneille, Classicism
and the Ruses of Symmetry. Cambridge, 1986.
LA FONTAINE (Jean de)
Château-Thierry 1621 – Paris 1695
La Fontaine offre en guise d’introduction à ses Fables une
biographie d’Esope, le Phrygien, qu’il reconnaît comme la
source de ses Fables. Mais il est probable qu’Esope ne
composait pas ses fables par écrit, et qu’elles soient
passées à la postérité grâce aux Grecs. Planude,
ca.1260-ca.1310, un moine Byzantin, a transcrit les
fables ainsi qu’une biographie d’Esope, qui serait la
source d’inspiration de celle de La Fontaine. Mais la
Fontaine a recours aussi à d’autres fabulistes, eux de
l’Orient, notamment Pilpay, l’Indien. Dans son
Avertissement pour les Troisième et Quatrième Parties des
fables : « Seulement je dirai par reconnaissance que j’en
dois la plus grande partie [de ces derniers sujets] à Pilpay,
sage Indien. Son livre a été traduit en toutes les langues.
Les gens du pays le croient fort ancien, et original à
l’égard d’Esope, si ce n’est Esope lui-même sous le nom
du sage Locman.» En fait, les fables d’Esope ne paraissent
rien devoir aux fables de Pilpay. Les sources des fables
n’ont jamais été repérées avec méthode. Il est possible
que ce soit François Bernier, le voyageur ami de Mme de
Sablière, que La Fontaine aurait croisé dans ce salon qu’il
fréquentait, qui ait appelé l’attention de celui-ci sur les
fables de souche orientale. C’est dans le deuxième
recueil, que la thématique de l’Orient se déclare, mais
même là, d’une manière discrète et abstraite. Dans Livre
6. Fable 1. « Le Pâtre et le lion,» La Fontaine offre ce qu’il
imagine être l’histoire de la production des fables, et le fil
qu’il ne fait que relayer dans sa version :
Nombre de gens fameux en ce genre ont écrit.
Tous ont fui l’ornement et le trop d’étendue ;
On ne voit point chez eux de parole perdue.
Phèdre était si succinct qu’aucuns l’en ont blâmé ;
Esope en moins de mots s’est encore exprimé.
Mais sur tous certain Grec renchérit et se pique
D’une élégance laconique ;
Il renferme toujours son conte en quatre vers ;
Bien ou mal, je le laisse juger aux experts.
Voyons-le avec Esope en un sujet semblable: L’un amène
un chasseur, l’autre un pâtre, en sa fable.
J’ai suivi leur projet quant à l’événement,
Y cousant en chemin quelque trait seulement.
Voici comme, à peu près, Esope le raconte. . .
Des fables à consulter seraient : 7.3: «Le Rat qui s’est
retiré du monde;» 7.6: «Les Souhaits » («Il est au Mogol
des Follets»); 9.1: «Le Dépositaire infidèle;» 9.7: «La
Souris métamorphosée en fille;» 11.4 : «Le Songe d’un
habitant du Mogol;» 11.18: «Le Bassa et la marchand.»
La Fontaine, Jean de, 1621-1695. Œuvres complètes /
Bibliothèque de la Pléiade ; 10, 62 ; 1991. La Fontaine et
l’Orient : réception, réécriture, représentation: Actes de
Tunis, 28, 29 avril 1995, Faculté des lettres de la Manouba
/ [édités par Alia Baccar]. Paris : Seattle : Papers on French
Seventeenth Century Literature, 1996.
Pilpay. [Gilbert Gaumin]. Livre des lumières ou Conduite
des rois, composé par le sage Pilpay Indien, trad. par
David Sahid, d’Ispahan, ville capitale de la Perse. Paris :
Siméon Piget, 1644.
Planudes Maximus. Mythologia Æsopica. In qua, Æsopi
fabvlæ, græcolatinae CCXCVII. Qvarum CXXXVI primùm
prodeunt. Accedunt Babriæ fabvlæ etiam avctiores.
Anonymi veteris fabulæ latino carmine redditæ LX ex
exsoletis editionibus & codice ms. luci redditæ. Hæc
omnia ex Bibliotheca Palatina. Adiiciuntur insuper Phædri,
Avieni, Abstemii, Fabvlæ. Opera & studio, Isaaci Nicolai
Neveleti cum notis eiusdem in eadem. Francoforti, typis
Nicolai Hoffmanni, 1610.
- M. Longino. "Antoine Galland: Voyageur et passeur." Récits d'orient dans les littératures d'Europe Ed. Anne Duprat et Emilie Picherot. Presses universitaires de Paris - Sorbonne IV, 2008, 341-347. Antoine Galland, voyageur et passeur
Antoine Galland est connu surtout pour sa
traduction des Mille et
une nuits, moins bien sa préface à la
Bibliothèque
orientale de D’Herbelot. Mais il n’était pas
un orientaliste
sédentaire ; il était plutôt grand voyageur,
antiquaire du
roi et de Colbert, chargé de piller l’Orient
pour tout
manuscrit rare, médaille précieuse, curiosité
rare, pour la
collection royale. Il a laissé des traces de
sa vocation et de
ses voyages dans son journal de voyage.
Il a cultivé l’habitude de tenir un journal
et l’a rempli au
cours de sa vie en France et de ses voyages
au Levant,
soit pendant une cinquantaine d’années. Seuls
deux
volumes ont été édités, pour les années 1672
et 1673,
qui correspondent aux dates de son séjour à
Constantinople. Plus récemment, un volume de
son
journal de voyage en Smyrne a paru, mais
c’est le siège de
l’Empire Ottoman qui m’intéresse ici. Et
c’est sur cette
période antérieure éditée que je porte mon
regard
aujourd’hui.
Qu’est-ce qu’on peut savoir de lui en lisant
ses cahiers ?
L’idée de « journal » de nos jours suggère
une intimité, un
mode confessionnel censé révéler un être pris
sur le vif.
Mais l’attente peut-être anachronique est
complètement
déjouée dans cette lecture, et Galland
résiste à être ainsi
scruté.
Son récit reste tout simplement un
témoignage
confidentiel au jour le jour de ce qu’il veut
noter, et il est
très vite clair qu’il ne se considère pas le
héros de son
propre récit. En fait Galland la personne
(tel que nous
comprenons le terme ‘personne’) est
quasiment absente
de son texte. Il n’existe et ne s’inscrit
qu’en fonction de
sa mission, de son témoignage sur les autres,
de ses
observations sur le monde qu’il découvre au
Levant. C’est
un ‘œil,’ et le journal serait une
réduplication de cette
fonction de ‘œil.’
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